Trop-plein : débordements littéraires

Affiche
Emmanuelle Charneau
Pourquoi personne ne termine À la recherche du temps perdu de Proust ou l’Ulysse de Joyce? Trop, c’est trop ou pas assez? Où est la limite, et où commence l’excès?
Extrait de l'appel à communications.

La 12e édition du colloque estudiantin de l'ADELFIES devait se tenir à l'Université McGill le 3 avril 2020, mais a été annulée.

Programme :

Appel à communications :

Pourquoi personne ne termine À la recherche du temps perdu de Proust ou l’Ulysse de Joyce? Trop, c’est trop ou pas assez? Où est la limite, et où commence l’excès? Dans l’ouvrage collectif qu’elle a dirigé sur le sujet, Jacqueline Penjon (2006) définit l’excès comme « un dépassement regrettable de la mesure normale des choses, comme un trop-plein, une profusion, une exagération, un débordement, aussi inquiétant que fascinant ». L’Association des étudiant·e·s en littératures de langue française, en traduction et en création inscrit·e·s aux études supérieures de l’Université McGill (ADELFIES) propose de poursuivre la réflexion dans le cadre de la douzième édition de son colloque estudiantin, intitulée Trop-plein : débordements littéraires. L’événement se tiendra à la salle de bal de la Maison Thomson, le vendredi 3 avril 2020.

L’excès en littérature est un enjeu de toutes les époques. Des imposants cycles en prose du XIIIe siècle à la Comédie humaine, du carnavalesque au décadentisme, le trop se conçoit tant au niveau quantitatif que qualitatif. Le surplus s’observe aussi sur le plan de la production : l’industrialisation et la démultiplication des publications imprimées qui émergent au XIXe siècle (Vaillant et Thérenty, 2001) culminent aujourd’hui, alors que l’accessibilité et la surproduction littéraires sont devenues choses communes. Dans ce contexte, comment peut-on appréhender et trier un corpus à la croissance exponentielle?

Si l'histoire littéraire témoigne de débordements, la langue aussi peut en faire trop. Pensons aux jeux lexicaux ou poétiques et à leur utilisation « surintensive » du langage, qui vise « à la fois à dire quelque chose et à exploiter l’outil formel » (Henry, 2003). Comment la langue peut-elle être surexploitée? Où se situe la licence stylistique? Ces enjeux liés à la création transparaissent également en traduction. Le foisonnement et l’étoffement peuvent contribuer à allonger le texte d’arrivée (Oseki-Dépré, 2003). À l’inverse, le texte de départ peut présenter un surplus à la suite de certains choix d'omission et de censure ou, plus largement, du « consentement à la perte » inhérent à la pratique selon Ricoeur (2014). Est-ce à dire que la traduction se confronte toujours à l’excès?

Cette rencontre permettra aux étudiant·e·s des cycles supérieurs de présenter leurs travaux et de discuter de leurs recherches. Les étudiant·e·s de littérature, de traductologie, de création et d’autres disciplines dont les recherches s’inscrivent dans le thème du colloque sont invité·e·s à soumettre un descriptif de communication. Les propositions traitant du rapport entre débordement et littérature sous divers angles théoriques et méthodologiques sont les bienvenues. Sans s’y limiter, les contributions pourront s’inspirer des sujets suivants :

  • Débordements stylistiques et formels
  • Exagération parodique, carnavalesque ou absurde
  • Surcharge narrative et diégétique
  • Excès dans les séries, cycles, variantes et rééditions
  • Thématiques autour de l’excès
  • Vulgarité et bon goût
  • Normes, limites et censure
  • Approches féministes et postcoloniales de la normativité
  • Persona auctoriale « à outrance »
  • Études de la réception
  • Production de masse et surproduction
  • Le trop-plein comme objet ou effet de la traduction

Bibliographie

HENRY, Jacqueline. « La prétendue intraduisibilité de la forme signifiante », La traduction des jeux de mots, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2003, pp. 84-110.

OSEKI-DÉPRÉ, Inès. « Théories et pratiques de la traduction littéraire en France », Le français aujourd'hui, vol. CXLII, no 3, 2003, pp. 5-17.

PENJON, Jacqueline (dir.). Trop c’est trop. Études sur l’excès en littérature, Paris, Presses Sorbonne Nouvelle, 2006, 214 p.

RICOEUR, Paul. Sur la traduction, Paris, Les Belles Lettres, 2016, 84 p.

VAILLANT, Alain et Marie-Ève THÉRENTY. 1836: l'an I de l'ère médiatique, étude littéraire et historique du journal La Presse, d'Emile de Girardin, Paris, Nouveau Monde, 2001, 388 p.